Galerie 1

Elle, merveilleusement toute présente, La puissante, la belle divinement, la Nature.
Höderlin

SABINE BUCHMANN FAIT DANSER LA PEINTURE...

Nietzsche demandait à la pensée de danser...Car la danse est le contraire de la pesanteur, telle l'oiseau, elle est légère et libre. Alain Badiou, dans un beau texte sur la danse chez Nietzsche et Mallarmé, écrit : "La pensée trouve sa métaphore dans la danse, laquelle récapitule la série de l'oiseau, de la fontaine, de l'enfant, de l'air impalpable". (Petit traité d'inesthétique, Paris, Seuil, 1998, p. 93). La danse est innocence et, dans la pureté du dessin chorégraphique, contraire au théâtral.
Toute l'oeuvre de Sabine Buchmann, aussi bien dans le caractère organique de ses factures picturales que dans ses thématiques très variées, est sous le signe de l'innocence ailée du trait et de la couleur. Ce n'est pas un hasard si les oiseaux, les fleurs, les sillons de la terre, les parterres diaprés résistent à la pesanteur des choses pour accéder à la grâce. Les dernières recherches de l'artiste offrent des surfaces picturales savamment veloutées, parsemées de signes abstraits, de pictogrammes, avec parfois des citations de chefs-d'oeuvre de la peinture universelle (Brueghel, Matisse, Malévitch), qui sont là pour marquer une révérence et instaurer un dialogue. Le choix du célèbre panneau matissien de La Danse ne vient-il pas conforter l'idée que la rythmique chorégraphique est métaphore de la poétique picturale chez Sabine Buchmann?
La Nature est au coeur de toute la création de Sabine Buchmann, elle est la source primordiale de son acte pictural, comme chez Malévitch, qui est une de ses références essentielles, et, comme Malévitch le recommande, cette origine de la vision des choses est reconstruite sur le support choisi par le créateur. Il n'y a pas imitation d'une culture picturale autre, mais la création de son propre rythme, la création de nouvelles facettes linéaires et colorées du monde.
Jean-Claude Marcadé
Le Pam
janvier 2019